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Publié le 11 Apr 2026 dans la catégorie : Actualité
Nous célébrons aujourd’hui toute autre chose qu’un souvenir d’un homme, d’un fils, d’un parent ou d’un ami. Il s’agit de l’une des plus belles expressions de la foi chrétienne: la grâce de la béatification.
Chers lecteurs et lectrices,
C’est avec une joie immense que je viens, dans ce numéro spécial de « Construire Ensemble », exprimer ma gratitude à Dieu pour la béatification de Floribert Bwana Chui Bin Kositi. Cet événement historique a eu lieu le 15 juin 2025, en la Basilique Saint Paul-Hors-les- Murs à Rome, devant une foule immense des fidèles chrétiens venus d’Afrique et d’Europe essentiellement. La joie de cette reconnaissance, par l’Eglise, de la valeur du témoignage de foi d’un jeune contrôleur de douane, né et a grandi à Goma, a été partagée, en RD Congo, au cours d’une messe solennelle le 8 juillet 2025 sur les parvis de l’ancienne cathédrale de Goma. Entouré d’une quinzaine d’évêques venus du Rwanda, du Burundi et de la RD Congo, et de Mgr Angelo Romano, Rapporteur Général du Dicastère pour les causes des saints, nous avons procédé à l’inauguration du Sanctuaire Bienheureux Floribert Bwana Chui et au lancement de sa dévotion.
Je donne ici, pour Construire Ensemble, un résumé de mon discours prononcé à cette occasion :
Frères et sœurs dans le Seigneur,
Nous célébrons aujourd’hui toute autre chose qu’un souvenir d’un homme, d’un fils, d’un parent ou d’un ami. Il s’agit de l’une des plus belles expressions de la foi chrétienne: la grâce de la béatification. Celle-ci a été accordée à l’un de nous, jeune chrétien, célibataire, laïc de notre diocèse, fonctionnaire de l’État âgé de 26 ans, agent de l’Office Congolais de Contrôle (OCC en sigles).
1. Floribert, un homme tout à fait ordinaire
Nous le savons, depuis la nuit des temps, l’Église n’a pas béatifié ou canonisé des gens d’exception, mais des fidèles ordinaires de types très différents chez qui, a été signalé, de leur vivant, des vertus particulières, une exemplarité digne d’être proposée à l’admiration de tous. L’Église reconnaît la grâce du martyre dans des conditions bien précises, et c’est cela qui nous réjouit dans le cas de notre fils porté à l’honneur des autels.
Floribert Bwana Chui bin Kositi est né à Goma, le 13 juin 1981, il est le premier-né de Monsieur Deogratias Kositi Bazambala, déjà décédé, et de Madame Gertrude Kamara, encore en vie. Tous ses frères sont parmi nous. Il était baptisé à la Paroisse Saint-Esprit en ville de Goma, le 26 mai 1990. Il avait reçu le même jour la Première Communion. Il était confirmé le 19 mai de l’année suivante. Il avait reçu une éducation socio familiale équilibrée, et une formation intellectuelle digne, et ce, depuis l’école primaire (1987-1994), les humanités secondaires (1995- 2000), et les études universitaires (2001- 2005) qui se sont soldées par l’obtention du diplôme de licence en droit public international à l’Université de Goma (UNIGOM).
Les circonstances de l’assassinat du jeune homme sont corrélées à son travail comme fonctionnaire de l’État. Après ses études en décembre 2005, il avait effectué son stage professionnel au bureau de l’OCC à Kinshasa, où il fut engagé l’année suivante comme « Commissaire aux avaries ». Au mois d’avril, 2007 il obtint la mutation pour Goma, sa ville natale. Entre les mois de mai et juillet 2007, le jeune Floribert reçoit de nombreuses sollicitations et menaces ouvertes de la part de personnes qui voulaient l’obliger à légitimer et à faire passer des denrées avariées sur le territoire congolais, en essayant de le corrompre avec d’importantes sommes d’argent. Floribert répondait à leurs tentatives par un refus, motivé par sa foi au Christ et son amour pour ses frères. Un certain samedi le 07 juillet 2007, il fut enlevé en plein jour en sortant d’un magasin de vêtements, précisément dans le quartier Birere, de Goma. Pendant deux jours, il fut recherché en vain par ses parents, ses membres de famille, ses amis et connaissances. Dans la matinée du lundi 09 juillet, son corps fut retrouvé sans vie aux abords de l’ULPGL, honorablement habillé avec ses vêtements sous lesquels étaient visibles les traces des tortures.
Mort en renom de martyre, Floribert reçut l’honneur de funérailles chrétiennes sous le discernement de Monseigneur Faustin Ngabu, alors Évêque de Goma. Plus tard, la Communauté de Sant’ Egidio à Rome s’était spécialement penchée sur la situation, parce que le souvenir du jeune homme avait fini par gagner l’imaginaire collectif. En date du 23 mars 2015, le Conseil de la Communauté de Sant ‘Egidio, représenté par son Président Professeur Marco Impagliazzo déclara sa volonté d’initier la cause de béatification du jeune laïc. Le processus s’est ainsi concrétisé par Son Excellence Monseigneur Théophile Kaboy, avant tout par son acceptation de la requête du postulateur nommé par le conseil de la Communauté de Sant ‘Egidio, en la personne du Père Francesco Tedeschi. Ensuite, sa demande d’absence d’obstacles a été reçue par Son Eminence, le Cardinal Préfet de la Congrégation des Causes des Saints de l’époque, en date du 17 Septembre 2015, pour l’instruction de la cause de béatification. Enfin, il a fallu procéder à l’érection du tribunal diocésain ad hoc, nommer des officiers, mettre en place la commission historique et archivistique, trouver des censeurs théologiens, et approuver les actes juridiques de l’enquête diocésaine clôturée le 09 décembre 2018.
2. Floribert Bwana Chui, un modèle pour les jeunes congolais,
Lors de sa visite à Kinshasa, en février 2023, le Pape François, avait donné la figure de Floribert Bwana Chui comme modèle pour les jeunes congolais. Il avait salué son courage et son intégrité face à la corruption. Ce fut donc un message d’espoir confirmé par son avis favorable à sa béatification, en fin novembre 2024. Par conséquent, je réitère mes sincères remerciements à Son Éminence Marcello Cardinal Semeraro, actuel Préfet du Dicastère pour les Causes des Saints, pour le travail accompli et couronné par la célébration de la béatification qu’il a bien accepté de présider lui-même, au nom du Saint-Père, le Pape Léon XIV. Je salue également la présidence de la Communauté du Saint ‘Egidio pour les sacrifices consentis quant à la présentation et le suivi de la cause du Bienheureux Floribert Bwana Chuin Bin Kositi. Je m’en voudrais de ne pas remercier nos évêques émérites pour la préparation et l’accompagnement de ce travail de longue haleine. Je remercie les Évêques de notre conférence nationale, la CENCO, et notre Assemblée Episcopale Provinciale (ASSEPB) pour la reconnaissance de la réputation et de l’héroïcité des vertus de notre jeune laïc et pour la validation des éléments constitutifs du dossier transmis au Dicastère pour les causes des saints. Un sincère merci aux membres de la famille biologique du Bienheureux Floribert Bwana Chui pour avoir facilité le processus à travers ses différentes étapes par leur disponibilité, et en acceptant de faire don à l’Église des ‘’ restes’’ de leur fils. Ceci a donc permis la réponse rapide du Dicastère pour les causes des saints autorisant l’exhumation, la reconnaissance et la translation des restes du Bienheureux à la chapelle dédiée pour sa mémoire dans cette ancienne cathédrale où repose le Premier pasteur du diocèse de Goma, Monseigneur Joseph Busimba Mikararanga.
3. Floribert Bwana Chui, membre de la Communauté Sant’Egidio
Sur un registre particulier, je remercie, Don Angelo Romano, pour sa présence et son expertise relative aux actes posés, à l’exhumation, et au constat d’état ‘’ des reliques’’. En même temps, je salue la présence de Don Francesco Tedeschi, délégué de la Communauté Sant ‘Egidio près de la République Démocratique du Congo, et Postulateur de la cause de Floribert, venu aussi de Rome pour le même motif. Le jeune Floribert était membre de la Communauté de Sant ‘Egidio. Il avait rencontré cette communauté au mois de mai 2000, à l’occasion d’une sortie des Étudiants de Goma à l’Université de Butare au Rwanda. C’est par lui que cette communauté fut transplantée et diffusée à Goma. Il avait pour ce faire, mobilisé ses amis et ses proches. Lors de l’éruption du volcan Nyiragongo en 2002, il s’était dévoué avec ses compagnons à l’assistance des personnes déplacées. Il avait ainsi initié l’Ecole de la paix selon le style de la Communauté de Sant ‘Egidio pour la récupération des enfants des familles déplacées et des pauvres. Il a ensuite étendu l’action aux enfants de la rue et aux vieillards. Il donna ainsi l’espoir et la vie à beaucoup d’enfants abandonnés, surtout en organisant le premier repas de Noël pour les pauvres en 2004.
Il me semble donc tout à fait convenable de remercier tous les membres de la Communauté de Sant’Egidio qui ont été des compagnons de Floribert. Ma gratitude va aussi à l’endroit de toutes les personnes engagées de loin ou de près dans ce processus depuis le début jusqu’à ce jour. Je pense surtout à tous ceux qui ont œuvré comme officiers du tribunal pour la convocation des sessions intermédiaires d’auditions des témoins et l’authentification de la documentation. Ils ont assuré durant toutes ces années la mission leur confiée avec un sens d’abnégation et de responsabilité couplé de discrétion et d’obéissance à l’Eglise, comme l’exige la pratique en la matière. Je n’oublie pas tous les témoins, pour leur disponibilité et leurs diverses contributions lors des entretiens. Je félicite les chancelleries impliquées de fait par la procédure pour l’accueil des officiers pendant les audiences foraines, notamment, l’archidiocèse de Kinshasa, l’archidiocèse de Bukavu, l’archidiocèse de Lubumbashi, et le diocèse de Bunia. Pourquoi ne pas remercier tous ceux qui s’étaient rendus à Rome pour la béatification de Bwana Chui, à savoir : les membres du Gouvernement Judith SUMINWA venus de Kinshasa, la CENCO, les Dirigeants de l’Office Congolais de Contrôle (OCC), les familles, les opérateurs économiques et tous les fidèles laïcs venus de Goma et d’ailleurs.
La grâce de la béatification accordée à notre frère, est un signe éloquent de la maturité de notre Église locale marquée par des décennies de guerres fratricides. Que son sang versé soit une semence pour la paix et la réconciliation dans notre pays et dans toute la Région des Grands Lacs.
4. Floribert Bwana Chui, un fonctionnaire intègre,
Je considère la béatification de Floribert comme un appel authentique à la conversion, une invitation à choisir le bien et à s’engager résolument dans la voie des béatitudes en boutant dehors toutes les formes d’antivaleurs qui gangrènent notre société, spécialement la corruption et le tribalisme. Le lancement en ce jour de la dévotion populaire à notre Bienheureux, en cette Année Sainte de l’Espérance, est une exhortation à l’espérance qui ne déçoit pas (Rm 5,5). En effet, dans sa liberté intérieure, Floribert a choisi de vivre en authentique chrétien, par son refus de se vendre lui-même en échange de quelques milliers de dollars, et par une vie de charité vécue en acceptant de préserver la vie et la santé de ses semblables par sa mort courageuse. Un ami musulman ne disait-il pas que « Floribert Bwana Chui est un bien spirituel pas seulement pour les chrétiens, mais aussi les musulmans puisqu’il s’est sacrifié pour épargner la santé de toute la population de Goma » ?
Frères et sœurs, vivons dès maintenant le charisme de Bienheureux Floribert. Faisons- le connaître dans les familles, dans les Communautés Ecclésiales de Base, dans les Mouvements d’Action Catholique, et dans les Groupes de prière. Faisons-le connaître dans nos écoles, nos hôpitaux, nos entreprises, dans nos bureaux, nos organisations et associations. Faisons- le connaître à nos amis, à nos proches et à tous les hommes. Mgr Faustin Ngabu, évêque émérite de Goma, faisait cette réflexion : « On dit : « Tout le monde le fait ». Or en Floribert, je vois quelqu’un qui a su conserver sa liberté dans une situation extrêmement difficile … il a vécu en homme fort. » (cfr Francesco de Palma dans « Un chrétien face à la corruption »).
†Mgr Willy Ngumbi Ngengele, m.afr