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L’humanisme : un art de vivre

Publié le 27 May 2026 dans la catégorie : Actualité

L’humanisme : un art de vivre

Entretien avec l’Abbé Muyayalo Giresse Liévin

1.       Cellule de communication diocèse de Goma : pouvez-vous vous présenter ?

Réponse : Je suis l’Abbé Muyayalo Giresse Liévin, prêtre du diocèse de Goma. Je suis actuellement recteur du séminaire de propédeutique de Buhimba. Mon parcours sacerdotal, académique et humain m’a conduit à réfléchir profondément sur les grandes questions liées à l’homme, à la dignité humaine, à la souffrance, à la paix et à la fraternité.

À travers mes écrits, j’essaie de porter un regard à la fois spirituel, philosophique et profondément humain sur les blessures de notre société et sur les défis du monde contemporain.

2.      Pourquoi avez-vous voulu écrire sur l’humanisme ? Quelles études avez-vous faites ?

Après le séminaire, j’ai poursuivi des études en sciences sociales et humaines à Institut Jean-Paul II de Cotonou où j’ai obtenu une licence canonique en sciences du mariage et de la famille. Au même moment, j’ai également effectué un Master à Université Catholique de l’Afrique de l’Ouest en médiation familiale. Ensuite, je me préparais à commencer des recherches doctorales en résolution des conflits.

J’ai voulu écrire sur l’humanisme pour plusieurs raisons.

D’abord, cette année, je totalise quarante ans de vie. Pour moi, quarante ans représentent symboliquement la moitié du chemin humain, si Dieu m’accorde quatre-vingts ans. Cette étape de la vie m’a poussé à réfléchir profondément sur l’homme que j’ai été durant ces quarante premières années et sur celui que je suis appelé à devenir durant les quarante années suivantes. Ce livre est donc aussi une méditation intérieure sur ma propre humanité.

Ensuite, j’ai été profondément marqué par un professeur qui nous enseignait le cours d’humanisme intégral. Ce cours a éveillé en moi le désir de penser l’homme, de réfléchir sur sa dignité, sa vocation et sa responsabilité dans le monde.

Mais surtout, ce qui m’a poussé à écrire ce livre, c’est le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui. Quand je vois les guerres et les violences qui frappent plusieurs régions du monde : la République Démocratique du Congo ; l’Ukraine ; Gaza et Israël ; le Soudan ; la Syrie ; le Yémen ; Haïti ; le Myanmar ; certaines régions du Sahel ; Et tant d’autres terres blessées. Je me dis qu’il est urgent que l’homme réapprenne à être humain.

 Nous vivons dans un monde marqué par : les bombardements ; les déplacements des populations ; les massacres ; les violences sexuelles ; le terrorisme ; le racisme ; le tribalisme ; les injustices sociales ; les violations flagrantes des droits humains.

J’ai aussi travaillé pendant deux ans comme aumônier de la prison de Masisi et deux ans comme aumônier de la prison Munzenze à Goma. Les souffrances humaines dont j’ai été témoin dans ces prisons ont profondément marqué ma conscience : les humiliations ; les injustices ; les misères humaines ; les vies détruites ; les blessures psychologiques. Toutes ces expériences ont nourri ma réflexion sur l’homme.

Dans ce livre, je parle de presque tous les aspects de la condition humaine que j’ai observés : les conditions de vie des ouvriers ; les guerres ; la justice populaire ; les prisons ; les bombardements ; les missiles et les drones ; le racisme ; le néocolonialisme ; certaines orientations de la politique internationale, notamment sous Donald Trump ; les processus de paix concernant le Congo, depuis Sun City jusqu’aux négociations récentes, en passant par Doha.

J’ai voulu écrire dans un français très simple afin que tout le monde puisse me lire facilement. Dans tous mes ouvrages, j’essaie d’écrire avec simplicité et parfois avec une touche lyrique, pour dire doucement ce qui pourtant fait très mal.

3.      Monsieur l’Abbé, ce livre est le quantième de vos ouvrages publiés ? Pouvez-vous nous présenter vos différentes publications ?

Oui, L’humanisme : un art de vivre s’inscrit dans un parcours littéraire et humain commencé depuis plusieurs années. À travers mes livres, j’essaie toujours de réfléchir sur les blessures de l’homme, les drames sociaux, l’amour, la souffrance, la dépendance, la dignité humaine et la condition humaine dans notre société contemporaine. Voici quelques-uns de mes ouvrages publiés :

1. Boire : envie ou besoin ?

• Ville de publication : Paris

• Maison d’édition : Edilivre

• Année : 2016

• Nombre de pages : 260 pages

Dans ce livre, je parle de l’alcoolisme comme drame humain, psychologique et social. À travers l’histoire du personnage principal, je montre comment l’alcool peut progressivement détruire : la famille ; la santé ;  les relations humaines ; la dignité de la personne. Mais ce livre est aussi un appel à la prise de conscience et à l’espérance.

2. Alcool : du plaisir à la prison

• Ville de publication : Paris

• Maison d’édition : Edilivre

• Année : 2018

• Nombre de pages : 76 pages

Dans cet ouvrage, je poursuis ma réflexion sur les dépendances et sur les illusions humaines. Je montre comment ce qui commence comme un plaisir peut progressivement devenir une prison intérieure qui détruit la liberté de l’homme.

3. De l’amour de l’alcool à la mort de l’amour

• Ville de publication : Paris

• Maison d’édition : Edilivre

Dans ce livre, j’analyse les conséquences affectives et familiales de l’alcoolisme. J’y montre comment certaines dépendances détruisent peu à peu : les couples ; la confiance ; la communication ; la stabilité familiale.

C’est une réflexion profondément humaine sur les blessures invisibles de nombreuses familles.

4. Laetitia : cette fille que je n’oublierai jamais

• Ville de publication : Chisinau, en Moldavie

• Maison d’édition : Edilivre

À travers cet ouvrage, je développe une réflexion sur l’amour, la mémoire, les blessures affectives et la profondeur des relations humaines. Ce livre touche particulièrement à la sensibilité humaine et à ce que certaines rencontres laissent durablement dans une vie.

5. Des témoins pour un Congo démocratique(coécrit avec Jacques Letakamba)

• Ville de publication : Paris

• Maison d’édition : Edilivre

• Année : 2019

• Nombre de pages : 184 pages

Dans ce livre, nous racontons l’histoire des abbés Paul Juakali et Conrad Ndyanabo, assassinés durant les guerres au Congo entre 1994 et 1997. Cet ouvrage est une réflexion sur : la barbarie humaine ; la souffrance du peuple congolais ; la mémoire ; le courage ; l’espérance au cœur de la violence.

4.       Pouvez-vous nous présenter votre nouvel ouvrage : L’humanisme : un art de vivre ?

1. L’humain : être de raison et de dignité

Dans cette première partie, je rappelle que l’homme possède une dignité qui ne dépend ni de sa richesse, ni de son origine, ni de sa religion, ni de son pouvoir. Être humain signifie porter une valeur sacrée qu’aucune violence ne peut supprimer.

2. Trois papes pour un même rêve d’humanité

J’analyse ici la pensée de trois grands papes : Jean XXIII ; Jean-Paul II ; François.

Je montre comment chacun d’eux a développé une vision profondément humaine de l’Église : dialogue ; paix ; fraternité ; dignité humaine ; tendresse ; solidarité.

3. Ces humains qui tuent Dieu dans l’humain

Cette partie est probablement l’une des plus fortes du livre. J’y montre comment l’homme détruit parfois l’humanité elle-même : guerres ; violences ; justice populaire ; racismes ; humiliations ; tortures ; exploitation.

Je parle particulièrement du Congo, des guerres qui blessent notre peuple, mais aussi des blessures du monde contemporain.

4. Être humain, c’est prendre soin de tout être humain

Ici, je développe ce que j’appelle « l’anthropologie du soin ». Être humain signifie prendre soin : des pauvres ; des malades ; des prisonniers ; des réfugiés ; de la création ; des personnes vulnérables.

Je montre que la fraternité ne doit pas rester un simple discours, mais devenir une responsabilité concrète.

5. Être humain, c’est aider les autres à moins souffrir

Dans ce chapitre, j’explique que la vraie grandeur humaine ne consiste pas à dominer les autres, mais à soulager leur souffrance.

Je parle : des guerres ; de Gaza ; des prisonniers ; des pauvres ; des personnes abandonnées ; des blessures invisibles de notre société.

6. Être humain, c’est aider les autres à mieux vivre

Ici, je développe l’idée que la force humaine doit devenir un refuge pour les plus faibles. Une société devient grande lorsqu’elle protège les vulnérables.

Je parle notamment : des jeunes perdus dans la drogue ; des malades oubliés ; des réfugiés ; des personnes abandonnées. 

7. Être humain, c’est édifier une société de justice

Cette partie traite : des inégalités ; de l’exploitation ; de l’injustice sociale ; de la fraternité ; de la responsabilité politique. J’y évoque aussi des figures comme Nelson Mandela pour montrer que la justice exige du courage moral.

8. Être humain, c’est reconnaître la dignité de tout être humain

Je parle ici : du racisme ; du tribalisme ; du génocide ; de la xénophobie ; du viol ; du terrorisme ; du kidnapping ; de la justice populaire.

Je montre comment toutes ces réalités détruisent l’humanité.

9. Être humain, c’est donner la paix

Dans ce chapitre, j’oppose deux visions du monde : la paix construite sur la fraternité ; et la paix imposée par la force des armes. J’analyse aussi les limites morales des logiques guerrières contemporaines.

10. Être humain, c’est donner du cœur à cette terre

Ici, j’appelle à reconstruire l’amour, la fraternité et l’espérance dans un monde blessé par les divisions et les haines.

11. Être humain est le plus grand culte que l’on peut rendre à Dieu

C’est l’aboutissement spirituel du livre. J’y explique que la vraie religion commence lorsque l’homme devient profondément humain. Une religion sans humanité peut devenir dangereuse. Mais un homme profondément humain révèle déjà quelque chose de Dieu.

Au fond, ce livre pose une grande question : Comment redevenir humain dans un monde qui risque parfois de perdre son humanité ?

1.      Quel est le message principal de votre livre ?

Le message principal est simple : l’homme doit réapprendre à être humain. Nous vivons dans un monde capable de fabriquer : des drones ; des missiles ; des armes sophistiquées ; des technologies extraordinaires.  Mais nous oublions parfois : la compassion ; la tendresse ; la fraternité ; la dignité humaine ; le respect de la vie.

Je crois que l’avenir du monde dépendra moins de notre puissance technologique que de notre capacité à redevenir profondément humains.

2.      Pourquoi avoir choisi un style aussi simple ?

Parce que je voulais écrire un livre accessible à tous : aux étudiants ; aux jeunes ; aux intellectuels ; aux simples lecteurs ; aux personnes qui souffrent ; aux hommes et femmes ordinaires.

Je crois profondément qu’on peut parler des grandes questions philosophiques et humaines dans une langue simple. La profondeur ne dépend pas de la complication des mots.

J’aime écrire dans un style simple, méditatif et parfois lyrique, pour toucher à la fois l’intelligence et le cœur.

3.       Pensez-vous que l’humanisme peut encore sauver notre monde ?

Oui, profondément. Je crois que le monde ne sera pas sauvé uniquement :par la politique ; par les armes ; par l’économie ; par la technologie. Le monde sera sauvé lorsque l’homme redécouvrira la valeur sacrée de l’autre homme.

Sans humanisme : la religion devient fanatisme ; la politique devient domination ; l’économie devient exploitation ; la science devient parfois destruction. L’humanisme rappelle que toute personne humaine mérite : le respect ; la justice ; la paix ; la dignité.

4.      À qui s’adresse particulièrement ce livre ?

Ce livre s’adresse à toute personne qui réfléchit sur l’homme et sur l’avenir du monde : les jeunes ; les éducateurs ; les responsables politiques ; les croyants ; les intellectuels ; les humanitaires ; les simples citoyens. Mais il s’adresse surtout à tous ceux qui refusent de s’habituer à la souffrance humaine.

5.      Monsieur l’Abbé Muyayalo Giresse Liévin, beaucoup de personnes pensent qu’éditer un livre est réservé aux grandes personnalités ou à ceux qui ont beaucoup d’argent, surtout lorsqu’il s’agit de publier en Europe. Comment faites-vous pour éditer vos livres ? Est-ce un processus très difficile ?

Non, pas du tout. Beaucoup de personnes pensent qu’il faut être riche, très célèbre ou avoir énormément de moyens pour publier un livre en Europe. En réalité, ce n’est pas forcément le cas. Il faut surtout : de l’organisation ; de la discipline ; de la persévérance ; des contacts ; et surtout croire à ce que l’on écrit. Écrire un livre est avant tout un travail de patience et de passion.

Pour moi, un livre ne naît pas en un seul jour. Il commence souvent par une question intérieure, une blessure, une expérience humaine ou une réflexion qui habite longtemps l’esprit. Parfois, une simple scène de la vie quotidienne peut devenir le point de départ d’un ouvrage : une souffrance observée ; une injustice ; une rencontre ; une guerre ; une parole entendue ; une expérience pastorale ; ou simplement une méditation sur l’homme.

Ensuite commence le travail de recherche et de réflexion. Je prends beaucoup de notes. Je lis : des ouvrages philosophiques ; des textes spirituels ; des documents historiques ; des encycliques ; des articles ; parfois même des témoignages de terrain. Après cela vient l’étape de la rédaction. Là, il faut beaucoup de discipline personnelle. Écrire demande du temps et parfois beaucoup de solitude. Il y a des jours où l’inspiration vient facilement, et d’autres où il faut simplement continuer malgré la fatigue. Un livre s’écrit souvent lentement, page après page.

Puis vient la correction. Cette étape est très importante. Il faut : relire ; corriger les fautes ; améliorer les phrases ; réorganiser certaines idées ; vérifier les références ; retravailler le style.

Très souvent, un manuscrit passe par plusieurs versions avant d’être prêt.

Après cela commence le processus d’édition proprement dit. Aujourd’hui, grâce aux nouvelles technologies, il est devenu plus accessible de publier un livre à l’étranger. Des maisons d’édition comme Edilivre ou Éditions Universitaires Européennes permettent à des auteurs africains de soumettre leurs manuscrits en ligne.

Le processus est généralement simple : on prépare le manuscrit ; on l’envoie à la maison d’édition ; le texte est évalué ; ensuite viennent la mise en page, la couverture et les corrections finales ; puis le livre est publié et référencé.  

Bien sûr, cela demande aussi un certain investissement personnel, notamment pour les exemplaires d’auteur ou certaines démarches de diffusion. Mais il ne faut pas imaginer qu’il faut être millionnaire pour publier.

Je crois surtout qu’un livre s’autofinance progressivement. Chaque lecteur qui achète un ouvrage participe indirectement à la naissance du suivant. Très honnêtement, l’achat d’un seul livre m’encourage : à en écrire un autre ; à en imprimer un autre ; à continuer à réfléchir ; à continuer à transmettre.

Lorsqu’un lecteur lit un livre et y trouve quelque chose qui touche son cœur ou nourrit sa pensée, cela donne à l’auteur une nouvelle énergie intérieure.

Je pense aussi qu’en Afrique, nous devons encourager davantage la culture de l’écriture et de la lecture. Beaucoup de jeunes ont des idées extraordinaires mais pensent qu’ils ne peuvent jamais devenir auteurs. Pourtant, avec de la discipline, du travail et de la persévérance, cela devient possible.

Un livre commence souvent par une simple page écrite avec sincérité.

6.      Quel dernier mot aimeriez-vous adresser aux lecteurs ?

Je voudrais simplement dire ceci :

Ne devenons jamais des êtres habitués à la souffrance des autres.

Restons capables : de pleurer avec ceux qui souffrent ; de défendre la dignité humaine ; de protéger la vie ; de construire la paix ; de garder un cœur humain dans un monde parfois déshumanisé.

Et surtout, j’invite chaleureusement les lecteurs à découvrir L’humanisme : un art de vivre. Ce livre est une réflexion sur notre monde, mais aussi sur chacun de nous. Peut-être qu’en le lisant, nous apprendrons ensemble à redevenir un peu plus humains.

Cellule de communication

 

Par Mme Lydie WARIDI - 27 May 2026